Chapitre seize : Fuite.
Lune rose. Poisson rouge au fond de l’eau. Une horde d’anges noirs arrive et plonge directement dans le liquide tant redouté des humains. Pas la moindre crainte physique, elles sont sûres de leur protection dermique. Leur vitesse de déplacement est telle que les tentacules n’ont pas le temps de les atteindre. Leur résistance est telle que l’impact ne les gêne pas. Pas plus que si elles étaient entrées dans une masse d’air tiède. Pas de problème respiratoire. Le liquide dans lequel elles sont plongées ne semble pas les atteindre. Invincibles et pourtant à la merci de l’Ombre ? Mystère…
Les images de cette scène me parviennent en rêve… directement au cerveau. A vrai dire, si elle avait su me contacter, Prisca était resté sur la Lune jusque là. Elle avait évalué, analysé. Et le dernier véhicule resté en orbite lui avait permis de stocker ses trouvailles afin de les transmettre à qui serait désigné comme de confiance. Un de mes programmes de gestion autonome lui permettait en effet ce genre d’analyse. Et comme ses transmissions télépathiques furent longues à me parvenir… Le Poisson Rouge… interception ? Forcément ! La sirène était la clef du puits émeraude.
Elle le protégeait et le faisait apparaître suivant certaines conditions. Cela dépendait en réalité de son cycle de reproduction propre. C’est elle qui produisait le catalyseur. Les monstrueux protecteurs de cette lune n’étaient que des mâles reproducteurs. Ils ne disparaissaient pas durant la courte phase verte, ils descendaient s’accoupler à elle… n’en restaient-il qu’une ? En tout cas, la descendance évoluait à chaque génération, ce qui explique certainement l’adaptation progressive aux agressions subies. Mais alors n’en restait-il qu’une ? Prisca n’avait repéré que celle-là. Il fallait s’assurer sa survie au moins jusqu’à ce que je confirme chacune de ces théories, jusqu’à ce que je récupère le produit, jusqu’à ce que je comprenne en quoi la fertilité catalysait la formation du puits d’émeraude. Elle l’avait compris. Les anges de Thyna, elles, n’avaient qu’intercepté le message musical… elles l’avaient interprété comme source d’un problème plus profond : Que l’ombre découvre cette Lune en finisse par maîtriser le secret du puits d’émeraude. Rien de tel ne devait arriver, sinon le combat s’en trouverait déséquilibré. Ainsi, la mission des anges consistait à détruire le Poisson Rouge au plus vite, afin d’éviter d’être pris de vitesse par ceux dont personne ne savait quand ils entreraient dans le présent univers.
Prisca devait trouver comment protéger seule la sirène … la protéger de ses prédatrices. Afin de récolter au moins un peu du précieux liquide.
Percevant pourtant ces images en rêve, l’idée me vient de la changer... Prisca sous ma commande mentale, crée un double de cette sirène, après l’avoir piégée dans les profondeurs, hors de toute détection extra lunaire, le temps au moins de l’attaque éclair de ces femmes ailées. Biwi seul sait pourquoi, comment cela a pu fonctionner. La doublure fut massacrée, désintégrée, explosée en un rien de temps. Le retour des harpies fut aussi rapide que leur arrivée dans ma tête. Peut-être avaient-elles en ce moment engagé le trajet de retour vers le lieu où je me sentais maintenant prisonnier, exploité ?
Même si Prisca les avait alertées en cherchant à se connecter sur mon esprit, notre récente communication devait avoir eu la chance de la confidentialité. Prisca, fut l’outil idéal pour sauver un tel secret.
Déconnecté de ce rêve, je garde les yeux fermés sur mon lit où je sais que je suis observé. Introspection. Je m’interroge. L’esprit doit rester réfléchi s’il veut prendre les bonnes décisions. A en croire les données de Prisca, il existe une sirène, peut-être plus, dont le cycle reproducteur est lié à l’émergence d’un puits d’émeraude en ces lieux. Mais pourquoi donner à cet enfer l’aspect d’un Eden le temps d’une reproduction ? Peut-être pour attirer les proies des premières heures de vie des nouveaux nés ?
Si j’en crois la mise en mémoire, un puits se forma suite à notre tentative. Mais rien n’attaqua les harpies. Les jeunes mangent-ils leurs parents ? Cela expliquerait que deux générations différentes n’ont jamais été observées en même temps sur cette Lune ? C’est ma seule explication. Peut-être qu’en me retenant, elle cherchait l’accouplement ? Si j’avais résisté à l’eau, j’y serais probablement passé… mais voilà, je suis ici maintenant.
Mes compagnons sont certainement maintenus dans la même illusion que moi, mais dans quel but ? Pourquoi nous maintenir en vie ? Se croient-elles trop évoluées technologiquement pour perdre du temps à nous laisser gérer la situation ? Sont-elles en train d’essayer d’anéantir une arme qui pourrait se retourner contre elles, ou bien sont-elles juste en train de se les accaparer ? A qui faire confiance ?
Me sera t-il possible de parcourir les environs sans éveiller de soupçons ? A priori, je ne suis pas de taille à lutter contre le plus faible d’entre elles. Même une attaque surprise tournerait à mon désavantage. Et cette brunette, j’ai dans l’idée qu’elle possède des dons que son apparence actuelle ne peut pas laisser supposer. Tout pour qu’on les sous-estime, pour qu’on les mésestime.
J’ai besoin de vraiment dormir, de vraiment me déconnecter de tout cela. De mon repos viendra la solution...
Je n’ai aucune idée du temps écoulé depuis que le sommeil m’a emporté. Je peux juste constater le carnage. Bruny est écartelée, entière et déchiquetée de toute parts à la fois… Le pauvre Eclath n’est pas en meilleure position. Qu’a-t-il bien pu arrivé durant mon sommeil ? Comment une telle violence a-t-elle pu me frôler sans m’atteindre… Une désagréable odeur de chaire brûlée éveille mes narines… le bel Eden verdoyant sans en proie aux flammes non loin de moi. Si l’ombre est à l’origine de ce que je vois, pourquoi ne m’a-t-elle rien fait ? Comment ai-je survécu à ce que je vois m’entourer ?
Je frissonne… Quelque chose bouge non loin de moi… je crains de provoquer ma mort en affrontant un adversaire que je sous-estimerais…
-R… Rose ?
-Suiki, prends cette pierre, retrouve mon téléporteur pour atteindre ton vaisseau… Fuis Suiki… Fuis !
Rose s’écroule… sa beauté n’est plus qu’horreur de mortelle souffrance. Quelque chose d’affreux semble décidé à sortir de sa peau résistante. Les images d’un vieux film me parviennent : Alien. Je me souviens de la fin : pas de survivants. Je ne sais où se trouve ce fameux téléporteur, mais si Rose en vient à me demander de fuir, je suppose que c’est parce que la situation est critique. A bien y regarder, les deux corps de d’Eclath et Bruny sont peu être juste le point de départ d’un envahisseur pressé d’infiltrer son ennemi et qui m’aurait jugé comme espèce négligeable… à moi d’en profiter.
Je crois découvrir des empreintes inconnues qui s’enfoncent dans la direction de la grotte où Thyna m’avait mis à l’épreuve. Fuir, je dois fuir. Je choisis al direction opposée et m’enfonce avec vitesse et vigilance. Je me dois de laisser le moins de traces possible. Je décide donc de m’élever. Me voici donc sautant de branches en branches avec plus d’agilité qu’un singe en milieu familier. Je gagne en vitesse et sens s’éloigner l’hostilité du monde d’où je viens de m’éveiller.
Plus large que nul autre, un truc massif se dresse soudain devant moi. Et plutôt que de le contourner, je décider de l’escalader. Je saut toujours plus haut, mais plus je monte, plus la cime me semble loin. Ca y est, je sors des branchages les plus élevés et m’arrête net. Il existe plus d’un arbre tel que celui que je suis en train d’escalader, mais ils ne sont pas groupés, ils sont dispersés de par une forêt démesurée. Je ne vois aucune point commun entre eux à part leur apparence d’arbre mais pourquoi sont-ils si éloignés les uns des autres ?
A l’horizon, une sombre fumées cache des flammes gourmandes à la progression régulière. Mêlée à cette fumée, des hurlements me parviennent… des images d’êtres volants, poursuivis, attrapés, se débattant, esquivant. Une franche guerre a débuté là-bas. La guerre d’un combat perdu d’avance et qui bientôt me concernera. Où peut bien se trouver ce téléporteur ?
Tiens ? Que fait cette jolie fleur à une telle hauteur ? Ohh… un rosier liane ! Peut-être qu’à sa base ? Restons discrets, il s’agit de ne pas se faire repérer. Je n’en reviens pas qu’ils soient venus à bout d’Eclath… Je m’offre une chute vertigineuse ponctuée de quelques rapides changements de trajectoire. Chtak ! Me voilà au sol. Les vibrations de l’impact ont pu avertir l’ennemi, je ne dois rien négliger. Il m’est urgent de trouver l’issue… Rose, aide-moi.






En fait de souvenir, Ile ne savait rien d’Ele. Sinon qu’ils s’étaient aimés dans une autre vie, pleinement, et qu’ils étaient supposés essayer encore dans celle là. Ile croyait en la réincarnation. Un cycle qui se répétait tant que l’âme ‘avait su s’élever assez haut. Et puis un jour, Ile se souvint de son prénom : Ele. Ile l’avait entendu toute sa vie sans en avoir conscience. Mais ce jour, dans sa grande métropole, Ile sait que quelque part se trouve une femme qui vit dans la même attente. Ele, de prénom, serait capable de le combler pleinement. Ele, l’élément qui doit parfaire sa vie. 







Ce qu'on s'dit.